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Critiques

                Les Musiques de Guerre

 

Le 3 mars dernier, l’Association Aymé Kunc, en partenariat avec le Conservatoire à Rayonnement Régional de Toulouse, invitait les mélomanes curieux à découvrir ou à redécouvrir tout un florilège de musiques rares composées autour du thème de la guerre, ceci dans le cadre des Commémorations du Centenaire du conflit de 1914-1918. Certes Aymé Kunc occupait une place importante dans ce panorama. Mais de nombreux compositeurs contemporains de celui qui fut, de 1914 à 1944, le directeur du Conservatoire de Toulouse, partageaient le programme de cette soirée.

 

La Maîtrise du Conservatoire à Rayonnement Régional de Toulouse, dirigée par
Mark Opstad ici au piano - Photo Classictoulouse

 

Il faut rendre hommage à la passion et au dévouement des membres de l’Association Aymé Kunc qui, patiemment et avec clairvoyance, s’attachent à rendre justice au compositeur toulousain en organisant la diffusion de ses œuvres. Parmi ces défenseurs, il faut souligner l’action patiente et constante d’Henri Félix, petit neveu d’Aymé Kunc et président de l’Association, ainsi que celle, déterminante, d’Emmanuel Pélaprat, organiste, pianiste, musicologue qui rédige le catalogue « raisonné et thématique » de toutes les œuvres du compositeur.


Le concert du 3 mars réunit, outre Emmanuel Pélaprat, au piano et à l’harmonium d’art, la soprano Sonia Sempéré, la harpiste Sandrine Chatron, le pianiste Jérôme Granjon et la Maîtrise du Conservatoire de Toulouse, dirigée par Mark Opstad. C’est à ce magnifique chœur de jeunes filles d’ouvrir le concert avec deux motets, l’un de Maurice Duruflé(Tota Pulchra es), l’autre de Francis Poulenc(Ave Verum). La pureté admirable des timbres, la fraîcheur des voix, la précision et la justesse de cet ensemble résultent, à l’évidence, de la qualité du travail de Mark Opstad, dont l’origine britannique, tradition vocale oblige, n’est peut-être pas étrangère à cet accomplissement. Tout au long de la soirée, les interventions de la Maîtrise magnifient les pièces abordées, comme ces touchantes « Deux chansons à la Manière Ancienne », d’Aymé Kunc, le fameux « Noël des Enfants qui n’ont plus de Maison », de Claude Debussy, accompagné au piano par Mark Opstad lui-même, ou encore le « O Salutaris » de la messe à trois voix d’André Caplet, ainsi que l’« Ave Verum », pièce de jeunesse d’Aymé Kunc laissée inachevée et chantée ce soir-là en création mondiale après avoir été complétée par Emmanuel Pélaprat. C’est aussi l’occasion d’admirer une jeune soprano soliste de la Maîtrise au talent plus que prometteur.

 

Les solistes de la soirée. De gauche à droite, le pianiste Jérôme Granjon, la harpiste Sandrine Chatron,

Emmanuel Pélaprat à l'harmonium d'art, la soprano Sonia Sempéré
- Photo Classictoulouse -

Quelques partitions instrumentales originales s’insèrent harmonieusement dans le panorama général. L’Impromptu pour harpe, de Gabriel Fauré, pièce à la fois sensible et virtuose, met en évidence le grand talent de Sandrine Chatron. Le pianiste Jérôme Granjon apaise un temps le climat de guerre avec les frémissantes Estampes de Claude Debussy : Pagodes, La Soirée dans Grenade et Jardin sous la pluie. Un concentré de poésie bien en situation. Jérôme Granjon et Emmanuel Pélaprat, au piano à quatre mains, révèlent les très rares Pagine de Guerra (Pages de Guerre) de l’Italien Alfredo Casella, émouvantes évocations contrastées de paysages guerriers liés à quatre pays en conflit. Le volet consacré à l’Alsace s’achève, patriotiquement, par une citation évanescente de La Marseillaise. Emmanuel Pélaprat joue enfin une pièce sombre et dramatique de l’Allemand Sigfrid Karg-Elert (1877-1933), « Um Mitternacht » (A minuit), sur un étonnant harmonium d’art, instrument distinct de l’harmonium courant, en ce sens qu’il permet d’effectuer des nuances sur des sons tenus.

La soprano Sonia Sempéré déclame avec conviction les paroles à la fois tragiques et patriotiques d’une mélodie de guerre de Paul Ladmirault « La petite bague de la tranchée ». Elle participe également aux deux pièces transcrites par Emmanuel Pélaprat pour soprano, harpe, harmonium et piano de Florent Schmitt et d’Aymé Kunc. Du premier, « Chant de guerre » installe une atmosphère dramatique aux accents d’un héroïsme en phase avec sa date de composition, 1914. La « Pensée musicale », initialement conçue par Aymé Kunc pour voix et orchestre, développe un lyrisme riche et émouvant sur une partie chantée sans texte, à l’image de quelques chefs-d’œuvre de Debussy (Sirène) ou de Ravel (Daphnis et Chloé).

Signalons la prochaine parution d'un album CD intitulé Chant de Guerre, consacré à un programme proche de celui du concert et interprété par les mêmes musiciens. Cet album, publié aux Editions Hortus, dans la collection Les Musiciens de la Grande Guerre, peut être commandé auprès de l'Association Aymé Kunc.


Souhaitons que l’Association Aymé Kunc poursuive ainsi son travail de redécouverte d’un répertoire injustement délaissé.

Serge Chauzy
Article mis en ligne le 4 mars 2015

http://www.classictoulouse.com/concerts-kunc-2014-2015-guerre2.html